Lorsque la guerre de mouvement s'enterre dans les tranchées, les armées développent les possibilités d'attaques sous terre. Sous le no man's land, les tunneliers creusent de longs tunnels vers les lignes ennemis pour y placer une mine.
La guerre souterraine est un combat particulier où la ruse est le principal atout. L’attaquant et l’attaqué jouent une sorte de jeu d’échec mortel. L’un comme l’autre essayent de se montrer plus malins, prévoyant les mouvements et les attaques de l’autre. Le travail des sappers n’est pas fait à la hâte. Il demande calme, efficacité et silence. Tout mouvement de panique ou de manque d’inattention peut mener une équipe de sappers à la mort. Les hommes doivent être conscients du danger et doivent prendre en compte chaque signe, chaque bruit de l’ennemi avec tact et contrôle.
Parfois avec de la chance, les observations en surface et aériennes donnent une indication de l’entrée de tunnels ennemis. Toutefois, ces observations ne permettent pas de préciser l’étendue des galeries sous terre. L’unique moyen pour essayer de déceler une activité ennemie souterraine est le système d’écoute.
les hommes s’aident d’un appareil d’écoute, le géophone. Cet appareil est composé de deux senseurs de bois, contenant une petite quantité de mercure enserré entre deux disques de mica, qui sont reliés à un stéthoscope de médecin. L’opérateur bouge les disques sur le sol, sur les murs ou sur le plafond de la galerie. Ainsi, il peut distinguer les bruits suspects et grâce à un compas, définir l’orientation et la distance de ces bruits.
Les sapes doivent donc être totalement silencieuses, le langage des signes est le seul moyen de communication sous terre. La communication verbale est trop risquée et serait tout de suite repérée par l’ennemi. Durant le début du mois de mars 1916, la compagnie de tunneliers néo-zélandais passe toutes ses journées à écouter dans l’ensemble des sapes déjà creusées. Cet exercice demande une grande capacité de concentration car dans la craie dure, dans un rayon de cent mètres, pratiquement tous les bruits sont audibles distinctement. Les bruits entendus sont interprétés par l’opérateur et peuvent parfois se révéler imaginaires.
Les hommes travaillent en équipe composée d’un officier, d’un Sergeant, d’un Corporal, d’un Lance-Corporal et de 15 sappers. Ils sont aidés dans leur tâche par des soldats de l’infanterie anglaise. Chaque équipe travaille 8 heures de suite puis se repose au cantonnement de la compagnie durant 24 heures.
Les sappers néo-zélandais ont très vite adopté leur propre méthode de travail au détriment des méthodes des manuels des Royal Engineers. En effet, les puits verticaux ralentissent le travail des hommes avec des techniques hasardeuses et laborieuses pour enlever la terre. Cette méthode est plus vulnérable et trahie la présence de sappers en train de travailler à un endroit précis du front. La découverte d’une entrée de sape par l’ennemi est toujours suivie d’un bombardement constant et intensif de la position.
Les Néo-Zélandais creusent d’abord un tunnel incliné de 27 degrés sur une longueur d’environ six mètres. Sur cette portion, la galerie mesure 145 cm de haut sur 91 cm de large. La sape se poursuit par un palier dont les dimensions sont de 213 cm de large sur 3 mètres de long et 182 cm de haut. Ce palier est généralement agrémenté d’un treuil qui permet de sortir les sacs de gravats plus facilement. Puis le tunnel descend de nouveau en pente de 27 degrés, mais il se rétrécit pour ne plus mesurer que 170 cm de haut sur 91 cm de large. À partir de ce point, la profondeur de la sape peut varier entre cinq et plusieurs dizaines de mètres selon la nature du sol.
Dans la guerre des mines, une attaque se prépare longuement et l’action est réalisée avec beaucoup de minutie et d’intelligence. Dès le 10 avril 1916, les sappers commencent les travaux préliminaires d’une nouvelle galerie, J8. Jusqu’à la fin du mois, les tunneliers travaillent activement. L’ennemi semble étrangement silencieux et aucune activité n’est repérée. Le chantier avance donc plus vite. Trois nouveaux tunnels sont construits. Les Allemands sont de nouveau entendus le 21 avril.
Leur activité comme celle des Néo-zélandais augmente chaque jour. Une nouvelle galerie est commencée. Le réseau néo-zélandais s’agrandit considérablement pour mieux contrer l’ennemi proche des lignes britanniques. Le 29 avril, des écoutes sont réalisées dans tous les tunnels mêmes ceux en cours de construction. Les pioniere, les mineurs allemands, travaillent avec un tel acharnement qu’ils donnent une occasion inespérée aux opérateurs de la compagnie néo-zélandaise de repérer facilement leurs sapes.
Ainsi, cette localisation précise des Allemands donne naissance à un plan d’attaque. La finalité de la guerre souterraine réside dans la pose d’une charge explosive au bout d’un tunnel. En effet, le creusement des galeries permet d’approcher au plus près l’ennemi.
Les tunneliers néo-zélandais chargent donc les tunnels en explosifs le 4 mai. Le lendemain, les deux dernières galeries sont prêtes et remplies d’explosifs. Tout est préparé pour la mise à feu prévue à 22 heures. L’attaque se déroule sans incident. Toutefois, les Néo-zélandais ne sont pas en mesure de connaître le succès ou non de leur opération. Quelques heures après l’explosion, les Néo-zélandais nettoient les galeries et se remettent au travail. Il semble que l’attaque ait fait des dégâts du côté allemand car l’ennemi est entendu distinctement près des tunnels détruits. Pour se venger de cette attaque, les Allemands bombardent intensément les tranchées britanniques le 7 mai.
Jusqu’au début de l’aménagement des carrières sous Arras, à partir de novembre 1916, les tunneliers néo-zélandais sont engagés dans la guerre souterraine. Ils sont cantonnés dans le secteur au nord-est d’Arras et ont montré une farouche opposition aux mineurs allemands.