Des débuts laborieux

La guerre souterraine est un combat particulier où la ruse est le principal atout. L’attaquant et l’attaqué jouent une sorte de jeu d’échec mortel. L’un comme l’autre essayent de se montrer plus malin, prévoyant les mouvements et les attaques de l’autre grâce à un appareil d’écoute : le géophone[1]. Le travail des tunneliers n’est pas fait à la hâte. Il demande calme, efficacité et silence.

À leur arrivée en France, les tunneliers néo-zélandais sont affectés dans le secteur L sur le front d’Arras. Chaque compagnie de tunneliers possède une zone d’action bien précise qui diffère du découpage du front utilisé par l’armée britannique[2]. Ainsi, les tunneliers néo-zélandais travaillent entre la 181e compagnie de tunneliers britanniques, au nord, qui occupe le secteur M, près de Thélus, et la 184e, au sud, qui mobilise le secteur K, au sud de Roclincourt.

Les tunneliers néo-zélandais n’ont pourtant pas le temps de véritablement mettre en place leur action souterraine que l’ensemble de la compagnie échange sa position avec la 185e compagnie de tunneliers. Quinze jours après leur arrivée sur le front, ils sont envoyés dans le secteur connu sous le nom de « Chantecler », à environ 1000 mètres au sud de leur ancienne position[3].

Les Néo-Zélandais se trouvent désormais dans le secteur J, au nord de la Scarpe, la rivière canalisée qui coule au nord-est d’Arras. Ce changement est dû à des difficultés de la part des tunneliers néo-zélandais inexpérimentés à mettre en place leur action sous terre.

Pour pallier le sérieux manque de connaissance et surtout de pratique dans ce combat particulier, la plupart des tunneliers et la majorité des officiers et sous-officiers sont envoyés par groupes à l’école des mines de l’armée britannique, alors que le reste de l'unité est transférée sur son nouveau secteur[4].

Des tunneliers au travail

Photographie du photographe officiel de l'armée australienne

E(AUS) 1681, Imperial War Museum

La méthode néo-zélandaise

Les tunneliers néo-zélandais ont très vite adopté leur propre méthode de travail au détriment des méthodes des Royal Engineers. Ils privilégient ainsi des entrées inclinées plutôt que les traditionnels puits verticaux, qui ralentissent le travail des hommes[5]. Le puits est également plus vulnérable et trahie la présence de tunneliers en train de travailler à un endroit précis du front. La découverte d'un accès en sous-sol par l’ennemi est toujours suivie d’un bombardement constant et intensif de la position.

Comme tous les tunneliers, les Néo-Zélandais travaillent 24h/24 et 7j/7 en équipes composées d’un officier, d’un sergent, d’un caporal, d’un sous-caporal et d'environ 15 sapeurs[6]. Les tunneliers sont aidés dans leur lutte quotidienne par des soldats de l’infanterie britannique. Chaque équipe travaille 8 heures sous les tranchées, puis retourne au cantonnement de la compagnie, situé à Arras, pour se reposer entre 16 et 24 heures selon les périodes.

La guerre souterraine dépend en grande partie du théâtre des opérations et notamment de la géologie. Sur l’ensemble de la zone d’action des tunneliers néo-zélandais, le sous-sol est constitué d’une épaisse couche de craie dure uniforme[7]. La géologie est donc idéale pour l’implantation d'un système souterrain.

Les tunneliers néo-zélandais utilisent le pic et d'autres outils de creusement pour percer la strate crayeuse. Ainsi, le tunnelier se tient face à la paroi donnant des coups de pic réguliers. La largeur restreinte des tunnels rend le maniement des outils très difficile. Dans la craie, les parois des tunnels sont laissées nues alors que le plafond est supporté par un minimum de boisage[8].

La robustesse de la strate de craie est néanmoins contraignante lorsque les tunneliers veulent miner une position adverse. En effet, la finalité des travaux de creusement consiste en la pose d’une charge d’explosifs dans la tête d’un tunnel. La mine est installée lorsque les hommes sont certains de se trouver à proximité d’une galerie ennemie.

Les cratères Cuthbert, Clarence et Claude

Photographie de l'armée royale de l'air

J.C. Neill (1922), p. 50.

Une lutte difficile

Tunneliers néo-zélandais et mineurs allemands se livrent bataille en sous-sol entre attaques et contre-attaques. Les hommes s’adaptent rapidement à leur rôle sous terre, après un enseignement rapide à la sape et à la mine. Le secteur de Chantecler est plus calme et leur donne toute liberté pour gagner peu à peu de l’expérience.

Les Néo-Zélandais sont pourtant à peine au travail sur leur nouveau secteur que les Allemands mettent à feu une mine[9]. Les tunneliers néo-zélandais sont sains et saufs. L’explosion n’a fait aucun dégât en sous-sol et seule la présence de gaz dans un des tunnels empêche les hommes de poursuivre leur tâche.

Mieux implantés sous terre, les Allemands font exploser quatre nouvelles mines contre les tunnels néo-zélandais et réussissent surtout à détruire une partie des tranchées de première ligne britannique, au début de juin 1916[10]. Trois imposants cratères se forment en surface alors que l’infanterie allemande profite de ce moment pour surgir de ses tranchées. Les tunneliers néo-zélandais arrivent à s’échapper de justesse. Les soldats britanniques du Norfolk Regiment et du Royal Warwickshire Regiment repoussent toutefois le raid, occasionnant de nombreuses pertes dans les deux camps[11].

Entre la mi-juin et la mi-novembre 1916, la guerre souterraine entre dans une période beaucoup plus calme. Les actions du début de juin ont fragilisé la géologie et de nouvelles opérations sont plus longues à préparer. L’ennemi recule ainsi sur presque tout le front du secteur des Néo-Zélandais. Ces derniers profitent de l'occasion pour creuser un réseau défensif efficace au devant des premiers lignes[12]. Néanmoins, la lutte souterraine s’essouffle déjà.

Malgré quelques actions en août et en septembre, les travaux des tunneliers se tournent vers de nouvelles tâches, si bien que la guerre souterraine n’occupe plus vraiment les tunneliers à partir d’octobre 1916. La compagnie est surtout informée de sa future participation aux préparatifs de l’offensive d’Arras.