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Histoire de la Compagnie

De l'autre côté de la terre

Aux antipodes l'une de l'autre, le voyage de la Nouvelle-Zélande vers la France est long. Les tunneliers embarquent ainsi pour un trajet qui les conduits autour du globe, derniers instants de répit avant la descente dans l'enfer des tranchées du front occidental.


Portrait du Sapper William Coldicutt, Photographié par Herman John Schmidt avant son départ à la guerre en 1915 (Reference Number: 31-C276, Auckland Cities Libraries, New Zealand)

De l'autre côté de la terre



LE DEPART

Les tunneliers sur Queen Street et Grey's Avenue à Auckland, 18 décembre 1915

Au matin du 18 décembre 1915, les hommes préparent leur paquetage et se rassemblent en rangs sur le champ de courses d'Avondale. L’entraînement est désormais fini. Les hommes sont presque devenus de véritables militaires. La compagnie se rend à pied au port d’Auckland où le H.M.F.T. Ruapehu, les attend. Après avoir déposé leur paquetage à bord, les tunneliers ont droit à un maigre repas. Le voyage commence mal. Les cuisiniers sont en grève à cause des cadences infernales de transport.

Les tunneliers ont pris leur petit-déjeuner très tôt et l’unique repas servi est une vieille ration de biscuits et de fromage. C’est une compagnie affamée qui descend sur les quais pour parader à travers la ville jusqu’à la statue de Sir George Grey entre Queen Street et Grey’s Avenue. À cet endroit, le Ministre de la Défense, James Allen et le maire d’Auckland, Christopher Parr, font un discours, devant la population rassemblée en cette occasion. Les tunneliers se remettent ensuite en marche. Sur le chemin qui les mène au port, la foule et des amis les encouragent chaleureusement. Sur le bateau, la nuit vient de tomber, les hommes sont soulagés d’apprendre que la grève est finie et que tout est rentré dans l’ordre pour le voyage. Le Ruapehu peut enfin partir pour son long voyage vers l’Europe.


UN LONG VOYAGE

Le Ruapehu, bâteau qui a transporté les tunneliers vers l'Europe, 1901-1931

Après avoir passé le Cap Horn, le Ruapehu remonte vers le port de Montevideo en Uruguay pour y faire escale le 8 janvier 1916. Même si l’Uruguay est en territoire neutre, les hommes ne sont pas autorisés à descendre du bateau. L’escale permet de remplir les réserves de charbon qui ont bien diminué depuis la Nouvelle-Zélande.

De Montevideo, le bateau fait route vers Dakar sur la côte ouest de l’Afrique. Jusqu’à Dakar, la vie sur le Ruapehu est tranquille. Un programme de travail pour tous est institué dès le départ et suivi jusqu’à la fin du voyage. Des exercices de musculation et de gymnastique ont lieu tous les jours sur le pont du bateau pour garder la forme physique acquise à Avondale. Des activités culturelles leur sont également proposées. Les hommes ont droit tous les soirs à des concerts effectués par leurs camarades.

À Dakar, le Ruapehu attend son escorte de défense sous-marine. Le Major Duigan obtient des autorités françaises le débarquement de ses hommes pour une marche à travers la ville, à condition que la compagnie ne crée pas d’incident. Les tunneliers n’ont pas mis pied à terre depuis environ un mois. Les tunneliers sont très vite devenus amicaux et ont chanté et amusé la foule rassemblée en ville. Les Néo-Zélandais ont entonné, alors qu’ils marchaient dans Dakar, une vigoureuse « Marseillaise ». Au moment de réembarquer, les hommes ont diverti une dernière fois la foule en leur présentant la danse guerrière traditionnelle maorie, le haka.

En quittant Dakar, le bateau entre dans la zone de guerre. Il est donc escorté par un navire de guerre. Désormais, l’équipage et tous les hommes de la compagnie sont en alerte. Les Allemands ont été repérés le long des côtes marocaines et portugaises. Ils ont déjà capturé et coulé plusieurs navires alliés. Néanmoins, la fin du voyage se passe sans aucun incident. Le Ruapehu appareille dans le port de Plymouth, sur les côtes de la Manche, en Angleterre, le 3 février 1916.


VERS LE FRONT

Le trajet de la compagnie vers la France

La compagnie débarque immédiatement et est transférée au camp d’entraînement de Falmouth où elle s’exerce durant un mois. Les hommes ne pouvaient pas partir se battre après deux mois en mer, l’action aurait été suicidaire. La compagnie est entassée dans un train en direction de Falmouth où la compagnie est accueillie par un banquet. Après le repas, l’unité traverse la ville pour rejoindre le camp de Hornwork, situé sur un promontoire couronné du château de Pendennis.

Le 7 mars à minuit, les paquetages sont prêts, les hommes peuvent partir à la guerre. Les adieux sont émouvants, toute la ville est rassemblée, les femmes aussi. Un officier et 69 hommes restent à Falmouth comme renfort. Ils sont transférés ensuite au Dépôt de Commandement de la Nouvelle-Zélande à Hornchurch.

La compagnie fait route jusqu’à Southampton et embarque sur un ferry le 9 mars 1916 à 17 heures. Les hommes passent une nuit froide sur la Manche et arrivent au Havre à minuit. La compagnie est la première unité néo-zélandaise envoyée sur le front occidental.

Au Havre, un officier et 25 hommes sont détachés au camp de base des Royal Engineers, les soldats du génie britannique, à Rouen. La compagnie prend le train à 7 heures le 11 mars et arrive à la gare de Tincques, dans le Pas-de-Calais, le lendemain à 6 heures 30. Jusqu’au 14 mars, les hommes sont logés dans des fermes à Chelers en attendant leur zone d’affectation.

Dans la journée du 14 mars, la compagnie marche vers Maroeuil où elle relève la 7/1 Compagnie Française d’Ingénieurs Territoriale. Après avoir parcouru la moitié de la terre, la mission des tunneliers, confiée par la couronne britannique, peut commencer.