Même si l'armistice est signé le 11 novembre 1918, les tunneliers restent dans le nord de la France et en Belgique jusqu'à la fin janvier 1919. De part leur rôle d'ingénieur, les tunneliers ont encore beaucoup de travail. Le retour au pays est encore loin.
Avec l’armistice, les missions des tunneliers ne changent pas. Le rythme de travail est moins soutenu et laisse un peu plus de temps libre aux sappers pour jouer des matchs de football. Néanmoins, les travaux continuent sur plusieurs ouvrages à Pont-sur-Sambre, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Le Quesnoy, tandis que la moitié de l’unité est envoyée à Maubeuge, à cinq kilomètres au nord de Pont-sur-Sambre, pour la construction de deux autres ponts.
Les tunneliers sont chaudement accueillis par la population de Maubeuge qui brandit des petits drapeaux tricolores ainsi que des Union Jacks. Une partie de la ville est construite sur une île au centre du fleuve de la Sambre. Ainsi, toutes les communications ont été coupées par les Allemands et les habitants de l’île se trouvaient isolés sauf par une petite passerelle en bois posée sur des barils flottant sur le fleuve. Les tunneliers commencent la construction des deux ponts le 15 novembre à 6 heures. Le premier pont est long de 23 mètres, passant au-dessus du canal principal et le second de 30 mètres, reliant l’île à la porte de la ville.
L’unité reçoit l’ordre de bouger vers Fayt-le-Franc en Belgique le 20 novembre 1918. La compagnie quitte la France mais une partie des hommes y revient dès la fin du mois de décembre. Les sappers sont toujours employés à la réalisation de ponts. Le rythme de travail s’assouplit beaucoup. Le 1er décembre est un dimanche et les tunneliers ont pris l’habitude de ne pas travailler. Les hommes paradent toutefois le matin et les officiers leur donnent quartier libre pour le reste de la journée.
Le 12 décembre, l’unité arrive à Hyon, près de Mons. Les hommes prennent part aux deux derniers ouvrages, un pont à Lourches sur le canal de l’Escaut et la réparation de conduites d’eau à Spiennes. Le premier travail est réalisé du 12 au 27 décembre et le second, commencé le 30 décembre, est fini le 6 janvier 1919. Les jours de Noël et du Nouvel An sont décrétés jours de congés pour les tunneliers. La guerre est terminée et la compagnie va bientôt être transférée en Angleterre. Les autorités militaires britanniques à Londres doivent seulement se mettre d’accord sur la date qui tarde à venir alors que les tunneliers s’impatientent.
Finalement après plusieurs mois de requêtes urgentes pour le retour des mineurs et ingénieurs, la compagnie entière est démobilisée le 22 janvier 1919. Les hommes sont ravis à l’annonce de la démobilisation et sont très impatients de rentrer au pays. Toutefois, le voyage vers la Nouvelle-Zélande est encore long. En ce début d’année 1919, l’hiver rigoureux rend les conditions de transport très difficiles.
Le 29 janvier, les tunneliers embarquent à bord du S.S. Lydia pour l’Angleterre. Les hommes quittent le Havre à 14 heures 30 et font leurs adieux définitifs à la France. La compagnie débarque à Weymouth, en Angleterre, le 30 janvier à 8 heures 30. Les hommes gagnent le camp N° 26 situé au dépôt néo-zélandais à Larkhill dans les plaines de Salisbury. Les hommes doivent encore patienter avant d’embarquer pour la Nouvelle-Zélande. L’attente devient même interminable. Les tunneliers sont occupés durant les premiers jours de février. Ils passent une visite médicale complète puis préparent leur paquetage dès le 7 février alors que la date du départ n'est pas encore fixée.
Les délais d’embarquement pour la Nouvelle-Zélande posent de plus en plus de problème. Pour oublier cette attente et faire leurs adieux à leurs amis anglais, toute la compagnie est envoyée en permission du 7 au 22 février 1919. À leur retour de permission, la date de départ est finalement annoncée pour le 14 mars 1919.
Les paquetages des tunneliers sont prêts depuis plusieurs semaines. Les hommes passent à nouveau une visite chez le médecin et le dentiste du camp. Puis, ils attendent avec impatience l’embarquement. La compagnie, sous le commandement du Captain Daldy, embarque enfin le 14 mars à bord du S.S. Ionic pour le voyage de retour. Les hommes quittent pour toujours l’Angleterre et l’Europe. Le bateau navige par l’océan Atlantique et gagne le canal de Panama. Ensuite, il ne reste plus qu'à traverser l’océan Pacifique.
Quatre ans après que la compagnie soit partie pour ce long voyage, les hommes se retrouvent devant une vision familière : le 23 avril à 21 heures, le bateau entre dans le port d’Auckland. Les tunneliers sont chez eux. On ne peut qu’imaginer la joie de ces hommes de retrouver enfin leur famille et leur pays après des années d’absence, mais aussi la tristesse avec laquelle ils se séparent de leurs camarades, de leurs frères d’armes. Un tel voyage, une telle expérience de la guerre, de la violence mais aussi de la vie en communauté ont forcément laissé des traces en chacun de ces hommes.