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Histoire de la Compagnie

Dans les carrières
souterraines d'Arras

Arras possède de nombreuses carrières de craie souterraines exploitées à la période médiévale, et redécouvertes pendant la guerre. Elles vont ainsi servir à un ambitieux plan pour attaquer les lignes allemandes en avril 1917.


Portrait du Sapper Oswald Charles Cosley, Photographié par Herman John Schmidt avant son départ à la guerre en 1915 (Reference Number: 31-C307, Auckland City Libraries, New Zealand)

Dans les carrières souterraines d'Arras



UNE COOPERATION BRITANNIQUE

Une équipe de tunneliers néo-zélandais à Arras

Le haut commandement britannique envoie dans la ville d'Arras, en septembre 1916, quelques officiers de la compagnie à la recherche d'anciennes carrières souterraines de craie. Finalement, leurs efforts sont récompensés par la découverte, non pas d’une, mais de plusieurs carrières sous deux axes de communication majeurs vers le front, dans les quartiers Saint Sauveur et Ronville, situés à l’est de la ville.

La découverte de ces carrières abandonnées donne naissance à un plan ambitieux de la part de l’armée britannique pour rompre la ligne de front allemande au début du mois d’avril 1917, située à peine un kilomètre au sud-est d’Arras. L’état-major britannique veut concentrer un grand nombre de troupes sans attirer l’attention de l’ennemi et éviter ainsi les grandes hécatombes de Verdun et de la Somme. Le plan prévoit de mener les troupes du centre d’Arras jusqu’aux lignes allemandes en passant sous terre. Ainsi, l’effet de surprise sur l’ennemi serait total

Plus d’un demi millier d’hommes venus de tout l’Empire participe à la connexion et l’aménagement des carrières. L’armée britannique compte sur deux sections d’environ 140 tunneliers de la 184e Tunnelling Company, Royal Engineers et sur l’ensemble des hommes de la compagnie des tunneliers de Nouvelle-Zélande pour réaliser ce plan ambitieux. Malgré le nombre élevé de tunneliers néo-zélandais, environ 300 sappers, les hommes ne sont pas assez nombreux pour réaliser leur nouvelle mission.

À la fin du mois de novembre, à la stupéfaction des Néo-Zélandais, des hommes du 17th West Yorkshire Regiment, du 9th Scottish Rifles et du 6th King’s Own Scottish Borderers viennent à leur tour renforcer les rangs des tunneliers avec la récompense d’une ration supplémentaire chaque jour. Les soldats anglais et écossais sont impressionnés par les Néo-Zélandais et font pâle figure à leur côté. En effet, il s’agit pour la plupart de bantams, c’est-à-dire des soldats plus petits que la moyenne de l’armée britannique.

Les tunneliers sont également rejoints par des hommes expérimentés dont les travaux d’ingénierie sont devenus une de leurs spécialités. Ainsi, le samedi 9 décembre 1916, 43 Maoris du Maori Pioneer Battalion sous l’autorité du Lieutenant Delautour arrivent à Arras. Dès le lendemain, les Maoris se mettent au travail et nivellent les sols des carrières. Très vite, Pākehā et Maoris se rapprochent et sympathisent.


AMENAGER UNE VILLE SOUS LA VILLE

Une des entrées de la carrière Christchurch réalisé par les tunneliers néo-zélandais, 4 décembre 1917

Le début du mois de novembre est froid et pluvieux. La neige tombe pour la première fois cet hiver le 16 novembre alors que la première section de la compagnie commence les travaux dans les carrières situées sous la route de Bapaume, dans le tunnel Ronville. Les tunneliers anglais débutent le chantier sous la route de Cambrai, dans le tunnel Saint Sauveur. Le premier travail est d’ouvrir les carrières vers la surface et créer ainsi plusieurs voies d’entrée mais aussi de sortie pour faciliter la circulation en cas de problème.

Dès la fin du mois de novembre, la compagnie, renforcée par l’arrivée de nouveaux sappers, travaille activement et le 22 novembre, les hommes creusent sur une distance de 239 pieds (72,84 m) en un seul jour : « the best to date » comme l’indique le journal de guerre de la compagnie. Chaque jour, le record de creusement de la veille est battu. En une journée, les tunneliers, aidés par des explosifs et des foreuses, creusent le calcaire sur environ 240 pieds (73,15 m) et les premières galeries apparaissent.

Le nombre élevé d’hommes à l’œuvre dans les carrières permet à la compagnie de battre un nouveau record de creusement durant la première semaine de décembre, du jamais vu dans les armées britanniques : 1 742 pieds (530,96 m) en une semaine. À l’apogée des effectifs, le creusement augmente considérablement si bien que le mois de décembre est marqué par la rapidité avec laquelle les tunneliers oeuvrent chaque jour : 274 pieds (83,51 m) le 8 décembre, 289 pieds (88,08 m) le lendemain, 303 pieds (92,35 m) le 13 décembre, pour finalement établir un nouveau record le 16 décembre avec 330 pieds (100,58 m).

Dès le 23 décembre, sept carrières sont connectées et les travaux se poursuivent pour relier les autres. Les connexions des carrières se poursuivent et les tunneliers passent les câbles pour fournir les carrières en électricité. Le début du mois de janvier est marqué par des chutes de pierres et des effondrements répétés dans les carrières. L’unité doit donc nettoyer les dégâts et trouver une solution afin de rendre les carrières totalement sûres. Les plafonds des carrières étant trop hauts pour être étayés, les tunneliers nivellent et augmentent les sols des carrières pour mieux les observer et les sécuriser.

La connexion des carrières est terminée dès la mi-février et seul leur aménagement intérieur reste à faire. Au total, le réseau Saint Sauveur a nécessité le creusement de 6 600 pieds (2 012 m) de tunnels et 7 500 pieds (2 286 m) pour le système Ronville.


LA NOUVELLE-ZELANDE SOUS ARRAS

Plan du réseau souterrain d'Arras

L’ensemble du réseau est pratiquement connecté dès la fin du mois de janvier 1917. Les deux principaux tunnels représentent à eux seuls une distance de plus de quatre kilomètres. Les travaux ne sont toutefois pas encore achevés. Les caves des maisons des places et quelques portions d’égouts sont à creuser et à connecter à l’ensemble du réseau.

Les sappers utilisent, dès le mois de décembre 1916, des noms de villes néo-zélandaises pour désigner les carrières. Le système Ronville se compose de neuf carrières appelées comme suit : Russell, Auckland, New Plymouth et Wellington symbolisant l’île du nord de la Nouvelle-Zélande, puis Nelson, Blenheim, Christchurch, Dunedin et Bluff figurant l’île du sud. Cette appellation est tout simplement la reprise du nom de villes qui composent la Nouvelle-Zélande du nord au sud.

Dès le 4 janvier 1917, les tunneliers installent des câbles électriques dans la carrière Nelson et préparent l’installation de ces câbles dans les autres carrières et tunnels afin d’essayer d’apporter de la lumière. Le 24 février, le système électrique du tunnel Ronville est opérationnel. La plus grande carrière des deux systèmes, Christchurch, comporte à elle seule 248 lampes alors que les plus petites n’en possèdent qu’une dizaine.

Depuis le début du mois de mars 1917, les hommes sont concentrés sur le percement des tunnels sous le no man’s land et notamment du côté Saint Sauveur. En effet, les Allemands effectuent un repli le 17 mars 1917 de plusieurs kilomètres derrière le village de Beaurains, laissant toute liberté à l’armée britannique d’avancer. Ainsi, le tunnel Ronville ne permet plus aux soldats de sortir devant les lignes allemandes mais dans la ligne de front arrière britannique.

L’attaque du 9 avril se prépare donc du côté Saint Sauveur. À la fin de ce système, de nombreux tunnels, situés dans le secteur H et I, tels les doigts d’une main, passent sous le no man’s land jusqu’aux premières lignes allemandes. Les Néo-Zélandais préparent ainsi les sorties pour l’attaque du 9 avril 1917 mais aussi les différentes mines qui en explosant donneront le signal de l’attaque.

Le jour de l’offensive, les tunneliers sont confinés dans leur cantonnement. Seuls quelques tunneliers sont présents pour faire exploser les mines et ouvrir les différents tunnels vers la surface et ainsi permettre à l’infanterie anglaise d’atteindre directement les tranchées allemandes.